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« Encore du chemin à faire »

Gironde

INTERVIEW. Pour Claude Lacour, Bordeaux et la Gironde ont des atouts, mais l’agglomération et le département doivent mieux valoriser leur potentiel intellectuel et leurs ressources naturelles.
Claude Lacour. « La Gironde a une réelle attractivité, comme en témoigne son solde migratoire positif ». PHOTO SO

« Sud Ouest. » La Gironde vous parait-elle bien armée dans la compétition où sont plongés les territoires, en France et en Europe ?

Claude Lacour. Le département a des forces. Il bénéficie notamment du fait que l’agglomération bordelaise se trouve de plus en plus engagée dans un processus de métropolisation : l’image de la ville se renforce, comme en témoigne son accession au patrimoine mondial de l’UNESCO, ou sa candidature au titre de la capitale européenne de la culture en 2013, même si celle-ci est un peu tardive.

Dans le même temps, l’existence de plusieurs pôles de compétitivité atteste du potentiel scientifique et technologique du département. En outre, celui-ci bénéficie de son espace, et de sa très importante surface forestière : avec la nouvelle donne énergétique et environnementale, on va redécouvrir la forêt. Plus globalement, la Gironde a une réelle attractivité, comme en témoigne son solde migratoire positif. D’où le développement continu d’une économie résidentielle (bâtiment, commerce, services à la personne), qui dépend directement de l’importance de la population qui habite sur le territoire.

Quels sont les points faibles ? A côté de ces lumières, on trouve aussi en effet des zones d’ombre. Bordeaux occupe par exemple un rang inférieur à bien d’autres agglomérations françaises comme Toulouse, Grenoble, Montpellier ou Strasbourg pour ce qui est de son pourcentage de fonctions métropolitaines supérieures (ingénieurs, cadres supérieurs, chercheurs, artistes, etc).

Il y a pourtant eu un fort développement de la recherche ces dernières années... C’est vrai : le Laboratoire informatique LABRI et d’autres établissements se sont hissés dans les premiers rangs français. Mais nous avons toujours une grande difficulté dans le département comme dans la région, à mettre en oeuvre l’articulation entre la recherche fondamentale et le tissu économique local. Peut-être les pôles de compétivité commencent-ils à y contribuer.

L’Agence de développement du Conseil Economique Régional, 2ADI, n’a-t-elle pas été créée pour cela ? Sa création est trop récente pour qu’on puisse vraiment en tirer un bilan. Mais la Région n’a pas forcément vocation à assumer toute seule ce genre de tâches. L’Etat, le monde patronal doivent aussi s’y impliquer.

L’existence d’un important tissu aéronautique et spatial ne constitue-t-il pas un atout pour le département ? C’est indéniable. Mais ce secteur n’est pas à l’abri de phénomènes extérieurs. On s’aperçoit aujourd’hui que même Toulouse peut être fragilisée.

L’économie viticole girondine vous paraît-elle aller mieux ? Aujourd’hui, le gros de la crise semble être passé, mais beaucoup de problèmes restent en suspens, comme celui des AOC. Et l’on assiste à une accentuation de la polarisation du vignoble entre les terroirs les plus nobles et les zones les plus fragiles.

L’esprit d’entreprise est-il suffisamment développé ? Il est sans aucun doute présent. Ce qui me semble faire relativement défaut, c’est la capacité de s’approprier une histoire collective, le sentiment qu’on partage une communauté de destin. On trouve cet état d’esprit collectif en Bretagne, au Pays Basque ou à Toulouse. On le rencontre beaucoup moins en Gironde. Y Quel regard portez-vous sur l’action des collectivités locales ? La CUB a tardé à se doter d’une vraie stratégie de développement économique de son territoire. Le Conseil Général me paraît avoir une politique tout à fait efficace dans le domaine social. Sur le plan territorial, il a bien veillé au maintien des équilibres cantonaux.
Mais il lui a sans doute manqué à lui aussi de mettre en oeuvre une vision stratégique de l’avenir du département.

A l’heure où les matières premières flambent et où le développement durable tient une grande place dans les discours, le fait d’être un grand département agricole et forestier ne constitue-t-il pas un atout ? C’est évident. Et il y a notamment au sein du pôle de compétitivité « Industries et Pins Maritimes du Futur », des démarches très avancées pour tirer, dans ce domaine, le meilleur parti de nos ressources forestières, qu’il s’agisse de la valorisation energétique des déchets de bois ou de l’utilisation du bois comme éco-matériau. Mais il s’agit de mieux valoriser et de mieux faire connaître toutes les recherches entreprises dans ce domaine. Si l’Aquitaine était la Californie, on entendrait davantage parler de tout ce potentiel.

Bernard Broustet

Repère

Claude Lacour. Né en 1940, est professeur à l’université Montesquieu Bordeaux IV. Spécialiste du développement local, il est l’auteur de nombreuses publications sur ce sujet. Il a notamment publié « Quarante ans d’aménagement du Territoire », en collaboration avec Aliette Delamarre et Armelle Thoin (éditions DATAR).




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